The show must go on
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| titre original | "All that jazz" |
| année de production | 1979 |
| réalisation | Bob Fosse |
| musique | Ralph Burns |
| interprétation | Roy Scheider, Jessica Lange |
| récompenses | • Palme d'or au festival de Cannes 1980 |
| • Oscar de la meilleure adaptation musicale | |
| • Oscar du meilleur montage | |
| • Oscar de la meilleure direction artistique | |
| • Oscar de la meilleure création de costumes |
Review de Gilles Penso
"Que le spectacle commence" est un objet filmique insaisissable, en ce sens qu’il constitue probablement l’une des autobiographies les plus
atypiques de l’histoire du cinéma. Cette œuvre rétive aux étiquetages, à mi-chemin entre la comédie musicale, le documentaire et le conte fantastique, surprend d’autant plus que le légendaire
chorégraphe et réalisateur Bob Fosse a choisi Roy Scheider, spécialiste du cinéma d’action populaire des années 70 ("Les dents de la mer",
"French connection", "Marathon man") pour incarner son alter ego. Mais la surprise cède vite le pas à l’évidence, tant le comédien parvient à s’approprier corps et âme le personnage. Charismatique en
diable, tout de noir vêtu, une cigarette vissée à la bouche, Scheider incarne donc Joe
Gideon, maître d’œuvre des spectacles musicaux les plus tendance de Broadway.
La dureté du milieu nous est exposée dès les premières minutes, au cours d’une audition captée avec le naturalisme cru d’un reportage. Saturant par leur
présence fourmillante les planches d’un théâtre, cent danseurs suent sang et eau pour prouver leur valeur, tandis que leur multitude se réduit progressivement jusqu’à atteindre le chiffre
dérisoire d’une demi-douzaine. Gideon est sur le point de placer sous le feu des projecteurs un spectacle grandiose, volontairement provocant, qu’il envisage comme l’apothéose et l’achèvement
de sa carrière. Car le brillant chorégraphe a bien conscience que ses jours sont comptés. Ayant abusé au-delà du raisonnable de l’alcool, de la drogue et des femmes, il sait que la mort
l’attend quelque part dans les coulisses. A ce stade, le processus de mise en abîme devient vertigineux, car l’auteur de "Cabaret" et "Lenny" est lui-même en bout de course à la fin des années 70,
rongé par les mêmes vices que son avatar fictionnel. Et si "Que le spectacle commence" n’est pas son œuvre cinématographique ultime (il aura encore le temps de signer
"Star 80" avant de passer l’arme à gauche), il s’agit sans conteste de son film testament.
Or, au lieu de se livrer à un bilan pragmatique et objectif, le cinéaste emprunte la voie du fantastique onirique. Jessica Lange prête ainsi son sourire et sa candeur à une Mort séduisante qu’on jurerait surgie
d’une chanson polissonne de Georges Brassens. Cette camarde paisible, qui a troqué la faux et le suaire contre une robe de mariée diaphane, s’entretient régulièrement avec Gideon, nimbant de
surréalisme un récit par ailleurs extrêmement réaliste. Plus l'intrigue se noue, plus les frontières entre le monde réel et l'au-delà fantasmé deviennent poreuses, jusqu'à l'infarctus
inévitable de Gideon. Au lieu de se désamorcer mutuellement, les deux facettes du film s’enrichissent et se renforcent davantage. Lorsque les séquences chirurgicales douloureuses s’alternent
avec des chorégraphies enjouées situées dans un purgatoire volontairement kitsch, c'est toute l'absurdité et la dérision de l'existence qui s’exposent à l’écran. Palme d’Or en 1980 (ex-æquo
avec "Kagemusha" d’Akira Kurosawa), "Que le spectacle commence" est également récipiendaire de quatre Oscars, et n’en finit plus de nous émerveiller en se parant au fil des
ans d’une patine irrésistible.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |
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