Thriller de l'été

Les dents de la mer

titre original "Jaws"
année de production 1975
réalisation Steven Spielberg
musique John Williams
interprétation Roy Scheider, Robert Shaw, Richard Dreyfuss, Lorraine Gary
   
récompenses • Oscar de la meilleure musique originale
  Oscar du meilleur mixage
   
suites "Les dents de la mer 2", 1978
  "Les dents de la mer 3", 1983
  "Les dents de la mer 4 : la revanche", 1987

Couvertures de magazines
Les dents de la mer - People du 25 août 1975
Couverture du People du 25 août 1975
Les dents de la mer - Time du 23 juin 1975
Couverture du Time du 23 juin 1975

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Les dents de la mer 2

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Les dents de la mer 1

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Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Construit comme "Duel" et "Sugarland Express" sur le comportement d'un personnage ou d'un petit groupe de personnages victimes d'une brutale agression aveugle, "Les dents de la mer" ("mâchoires" selon le titre original) adapte un médiocre premier roman, d'un spécialiste de la plongée sous-marine, dont Spielberg et les co-auteurs, supprimant des chapitres entiers, n'ont quasiment conservé que la situation de base.

Elaboré sur deux temps, leur script évolue selon une structure en crescendo bien architecturée qui joue de la connaissance erronée qu'ont les protagonistes (de même que le spectateur) des dimensions réelles du squale, avatar du camion de "Duel", qui se révèle toujours plus monstrueux à chaque apparition.

Tout cela est orchestré d'une main de maître par Spielberg qui, avec efficacité et invention, entraîne le spectateur dans un cauchemar aquatique riche en lectures freudiennes.


"Les dents de la mer" et "L'Exorciste", même combat : review de Pierre

J'ai revu "Les dents de la mer". Bon, ça n'a pas pris une ride, c'est super. Mais ce qui m'a frappé à cette revoyure, c'est la ressemblance entre ce film et "L'Exorciste".

Un trio d'hommes hétéroclite qui se bat contre une présence maléfique
Dans les deux films, le "trio" est composé de personnages très similaires :
1) un flic (Roy Scheider dans "Les dents de la mer", le lieutenant Kindermann dans "L'Exorciste"),
2) un scientifique (Richard Dreyfuss dans "Les dents de la mer", le père Karras, qui est aussi psychiatre, dans "L'Exorciste"),
3) un "chasseur professionnel" qui a déjà connu le démon dans le passé (Robert Shaw dans "Les dents de la mer", Max Von Sydow dans "L'Exorciste").

Des rapports humains au sein du trio très semblables
1) Le flic et le scientifique deviennent amis instantanément, cette amitié ne sera jamais remise en question et devient même la colonne vertébrale du scénario.
2) Le scientifique et le chasseur sont du même monde ; ils ont un langage commun que le 3ème ne comprend pas ; ils portent les mêmes vêtements (le noir des soutanes dans "L'Exorciste", le bleu des marins dans "Les dents de la mer") ; ils se respectent et s'apprécient, mais ne sont pas amis car ils ne voient pas le monde de la même manière.
3) Le flic et le chasseur, soit ne se rencontrent jamais ("L'Exorciste"), soit se croisent sans vraiment communiquer ou chercher à se comprendre ("Les dents de la mer").

Une présence maléfique qui s'en prend aux enfants
Régine dans "L'Exorciste", le petit garçon qui se fait bouffer dans "Les dents de la mer".

Des dialogues qui font une référence explicite à l'histoire récente
Les Nazis dans "L'Exorciste", Hiroshima dans "Les dents de la mer".

Des films qui partent d'une action à grande échelle pour terminer dans un lieu confiné
Dans "L'Exorciste", ça se passe en Irak, puis aux USA, à Chicago, dans des hôpitaux, une maison, et enfin dans une chambre.
Dans "Les dents de la mer", ça se passe sur la plage, à Amity, puis en mer et enfin, tout se noue sur le bateau.

Des fins comparables
Les deux films se terminent pas une longue scène d'exorcisme d'environ 30 à 40 minutes ; à l'issue de chacune des deux histoires, le "chasseur professionnel" se sacrifie et y laisse sa peau.

Je vais trop loin ?


Review de Gilles Penso
(www.filmsfantastiques.com)

Après un "Duel" très hitchcockien, Steven Spielberg s'attaque à l'adaptation de "Jaws", un best-seller de Peter Benchley, et signe un excellent exercice de style sur le thème pourtant éculé des attaques animales, dont le modèle phare demeure "Les Oiseaux"... Hitchcock, toujours.

Tel en est le point de départ : à cause de l'irresponsabilité du maire d'Amity, petite station balnéaire de la Côte Est des Etats-Unis, avide de sauvegarder la réputation de celle-ci, et de l'entêtement des commerçants attirés par l'afflux touristique, un gigantesque requin blanc, déjà coupable de la mort d'une nageuse, d'un pêcheur et d'un petit garçon, va pouvoir continuer à se repaître tranquillement des amateurs de baignade venus en foule sur la plage restée ouverte. Après une nouvelle attaque mortelle du poisson carnassier, le shérif Martin Brody décide de braver une fois pour toutes les autorités municipales et d'affronter le monstrueux mangeur d'hommes. Il s'octroie pour ce faire l'aide de l'océanographe Matt Hooper et du pêcheur Quint.

La première heure des "Dents de la mer" est faite d'angoisses collectives, d'apparitions, de fausses alertes et de magistraux effets de mise en scène, dont le point culminant est une anthologique scène d'attente pesante sur une plage bondée.

Puis le film prend, pour sa seconde moitié, la tournure d'un huis-clos mettant en valeur le talent des 3 acteurs principaux. Roy Scheider est le personnage auquel on s'identifie totalement dès le début (d'autant que la quasi-totalité du film est vue à travers ses yeux), Richard Dreyfuss est un jeune scientifique qui emporte immédiatement la sympathie du spectateur, et Robert Shaw est un vieux loup de mer plus vrai que nature. La progression psychologique du trio, leurs oppositions, leurs confidences, décrites parallèlement aux apparitions choc du monstre, sont des modèles de narration, et surclassent aisément tout ce que les films catastrophes, omniprésents à l'époque, ont décrit en la matière.

Pour éviter de montrer trop souvent le requin (qui ne supporte guère les gros plans prolongés sans dévoiler sa nature mécanique), Spielberg use avec bonheur de la métonymie, l'aileron ou la bouée accrochée à son flanc évoquant le monstre entier à tout moment. Cette méthode a également l'avantage de laisser s'exprimer l'imagination du spectateur, plus efficace que n'importe quel effet spécial. Elle sera d'ailleurs réutilisée pour le tyrannosaure de "Jurassic Park", dont la présence pesante sera suggérée par le tremblement de l'eau dans un gobelet en plastique.

Pour finir, on ne peut décemment parler des "Dents de la mer" sans mentionner la formidable contribution de John Williams à la puissance et l'efficacité du film. L'inoubliable thème en crescendo que le compositeur a écrit pour souligner chaque apparition du requin participe autant à la mise en scène que le moindre cadrage ou effet de montage. Et dès lors, à deux exceptions près (Jerry Goldsmith sur "La quatrième dimension" et Quincy Jones sur "La couleur pourpre"), Williams et Spielberg deviendront inséparables.

Les dents de la mer - D.G.A. Quarterly été 2011
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