"Ce qui est important, c'est d'éviter toute espèce de conversation avec le démon"


titre original "The Exorcist"
année de production 1973
réalisation William Friedkin
scénario William Peter Blatty, d'après son propre roman
photographie Owen Roizman
interprétation Ellen Burstyn, Max von Sydow, Linda Blair, Jason Miller, Kitty Winn, Lee J. Cobb
   
récompenses • Oscar du meilleur scénario adapté
  Oscar du meilleur mixage
   
suites "L'Exorciste II : l'hérétique", John Boorman, 1977
  "L'Exorciste : la suite", William Peter Blatty, 1990
   
prequelle "L'Exorciste, au commencement", Renny Harlin, 2004


"L'Exorciste" et "Les dents de la mer", même combat : review de Pierre


J'ai revu "Les dents de la mer". Bon, ça n'a pas pris une ride, c'est super. Mais ce qui m'a frappé à cette revoyure, c'est la ressemblance entre ce film et "L'Exorciste".

Un trio d'hommes hétéroclite qui se bat contre une présence maléfique
Dans les deux films, le "trio" est composé de personnages très similaires :
1) un flic (Roy Scheider dans "Les dents de la mer", le lieutenant Kindermann/Lee J. Cobb dans "L'Exorciste"),
2) un scientifique (Richard Dreyfuss dans "Les dents de la mer", le père Karras/Jason Miller, qui est aussi psychiatre, dans "L'Exorciste"),
3) un "chasseur professionnel" qui a déjà connu le démon dans le passé (Robert Shaw dans "Les dents de la mer", le père Merrin/Max von Sydow dans "L'Exorciste").

Des rapports humains au sein du trio très semblables
1) Le flic et le scientifique deviennent amis instantanément, cette amitié ne sera jamais remise en question et devient même la colonne vertébrale du scénario.
2) Le scientifique et le chasseur sont du même monde ; ils ont un langage commun que le 3ème ne comprend pas ; ils portent les mêmes vêtements (le noir des soutanes dans "L'Exorciste", le bleu des marins dans "Les dents de la mer") ; ils se respectent et s'apprécient, mais ne sont pas amis car ils ne voient pas le monde de la même manière.
3) Le flic et le chasseur, soit ne se rencontrent jamais ("L'Exorciste"), soit se croisent sans vraiment communiquer ou chercher à se comprendre ("Les dents de la mer").

Une présence maléfique qui s'en prend aux enfants
Régine/Linda Blair dans "L'Exorciste" ; le petit garçon qui se fait bouffer dans "Les dents de la mer".

Des dialogues qui font une référence explicite à l'histoire récente
Les Nazis dans "L'Exorciste" ; Hiroshima dans "Les dents de la mer".

Des films qui partent d'une action à grande échelle pour terminer dans un lieu confiné
Dans "L'Exorciste", ça se passe en Irak, puis aux USA, à Chicago, dans des hôpitaux, une maison, et enfin dans une chambre ; dans "Les dents de la mer", ça se passe sur la plage, à Amity, puis en mer et enfin, tout se noue sur le bateau.

Des fins comparables
Les deux films se terminent pas une longue scène d'exorcisme d'environ 30 à 40 minutes ; à l'issue de chacune des deux histoires, le "chasseur professionnel" se sacrifie et y laisse sa peau.

Je vais trop loin ?

L'Exorciste - générique

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Enorme succès pour ce film fort impressionnant qui remporta l'Oscar du meilleur scénario et celui (mérité) du meilleur son.

Dans les scènes de possession, la voix de Linda Blair est doublée par celle de Mercedes McCambridge.

Boorman tourna une suite ("L'Exorciste II : l'hérétique") et le film connut des imitations ("La Malédiction").

Grâce à d'excellents trucages, le film de Friedkin conserve toute sa force en évitant, parfois de peu, le ridicule.

 


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Curiosité

Message écrit par un internaute sur le site
evene.fr et "adressé" à William Friedkin : "Monsieur, j'étais enfant quand j'ai vu L'Exorciste et vous avez tué une grande partie de la confiance naturelle que j'avais dans la vie. Ne croisez pas ma route."

On le comprend, le pauvre... Et en même temps, quelle idée saugrenue de visionner ce film si jeune !


Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)

Longtemps estampillé « film le plus terrifiant de tous les temps », "L'Exorciste" adapte un best-seller écrit en 1971 par William Peter Blatty, lequel s'inspire de faits réels survenus aux Etats-Unis en 1949.

Actrice de télévision, Chris McNeil (Ellen Burstyn) est inquiète au sujet de Regan (Linda Blair), sa fille de douze ans. Celle-ci semble anormalement perturbée depuis quelque temps, et de curieux bruits proviennent de sa chambre. Lorsque Regan se met à adopter un comportement anormalement agressif tout en proférant des insanités ordurières, Chris fait appel à la médecine. Mais aucune lésion n'est visible dans son cerveau, et les psychiatres eux-mêmes s'avouent impuissants. Les crises s'avérant de plus en plus violentes, altérant le visage de la gamine jusqu'à la monstruosité, la jeune mère, désemparée, se tourne vers la religion. Deux exorcistes, le père Karras (Jason Miller) et le père Merrin (Max von Sydow), entrent alors en jeu et découvrent bien vite qu'une entité diabolique a pris possession du corps de Regan.

Alors que "L'Exorciste" n'était encore qu'à l'état de projet, Warner envisagea toutes sortes de réalisateurs, de Stanley Kubrick à John Boorman en passant par Arthur Penn et Mike Nichols. La plupart d'entre eux se désistèrent, quelque peu effrayés à l'idée de faire jouer des scènes trop intenses à une fillette de douze ans, et c'est finalement William Friedkin, fort du succès de "French connection", qui hérita du « bébé ». L'étrange alchimie qu'a osé Friedkin, et que s'efforcèrent maladroitement de reproduire ses successeurs et imitateurs, consiste à mêler deux styles de mise en scène à priori antithétiques : l'ultra-réalisme du reportage (notamment lors des premières séquences situées en Irak) et l'épouvante la plus outrancière qui soit, à la limite du grand guignol.

D'où les maquillages excessifs du génial Dick Smith, les hectolitres de vomi projetés au visage des exorcistes ou encore les têtes qui tournent à 360°. Miraculeusement, cet audacieux exercice d'équilibre fonctionne à merveille, occasionnant un climat sans cesse dérangeant que Friedkin se complaît à ponctuer de scènes provocantes, la plus célèbre d'entre elles étant la masturbation avec le crucifix.
 

La jeune Linda Blair fut donc doublée à plusieurs reprises, par Eilen Dietz pour les actions trop physiques, par Mercedes McCambridge pour les insultes blasphématoires, et par la contorsionniste Linda Hager pour une scène de « démarche d'araignée » hallucinante qui fut coupée au montage puis réintégrée lors de la ressortie du film en 2000.

Malmenant sans cesse ses comédiens pour obtenir les performances les plus réalistes (il n'hésite pas à les gifler, à tirer des coups de feu pour les surprendre ou à les faire secouer sans ménagement par l'équipe technique), Friedkin réalise-là son chef-d'œuvre absolu, récipiendaire en 1973 de l'Oscar du meilleur scénario et de l'Oscar du meilleur son.

On note que la célèbre séquence du père Merrin débarquant pour la première fois chez les McNeil, dans la lueur surnaturelle d'un lampadaire (et qu'on retrouve sur l'affiche du film), fut inspirée au cinéaste par la peinture "L'empire des lumières" de René Magritte (cf. ci-contre).

 

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