Hollywood purgé de ses vices
| titre original | "Earthquake" |
| année de production | 1974 |
| réalisation | Mark Robson |
| scénario | Mario Puzo |
| photographie | Philip H. Lathrop |
| musique | John Williams |
| interprétation | Charlton Heston, Ava Gardner, George Kennedy, Geneviève Bujold, |
| Richard Roundtree, Victoria Principal | |
| récompense | Oscar du meilleur mixage |
Review de Sébastien Miguel
Après de multiples diffusions TV et le terrible poids des années, "Tremblement de terre" est devenu un chef-d'œuvre alternatif, un véritable Camp classic.
Concept mettant en avant une ironie latente dans la débauche de mauvais goût, les extravagances vestimentaires et les esthétiques alternatives, le
Camp a fait long feu dans l'industrie du cinéma. Sévices esthétiques d'autant plus risibles dans "Tremblement de terre" que parfaitement involontaires. La coupe
afro de Victoria Principal, la combinaison flammes jaunes de Richard
Roundtree, les interprétations catastrophiques d'Ava Gardner et de…
Marjoe Gordner.
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L'idée d'utiliser un musculeux 1973 K 5 Chevy Blazer comme symbole de la virilité massive d'Heston, de faire jouer à Ava Gardner la fille d'un
acteur qui a à peine quelques années de plus qu'elle, d'habiller Geneviève
Bujold en rose bonbon… Autant d'éléments renforçant le mauvais goût de ce gros 'monument' hautement délectable.
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La scène mythique de l'ascenseur n'arrange pas non plus le film. Tournée à trois reprises mais jugée toujours trop sanglante, elle fut lamentablement (re)truquée à
la hâte. Image gelée et gouttes de sang en semi-animation ! Effet grotesque même pas digne d'une série Z transalpine.
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Plus ironique encore, le film joue de manière frappante sur le décorum hollywoodien : beaucoup plus que dans "San Fancisco" (1935), "Tremblement de
terre" détériore autant les décors construits sur les Backlots de la Universal qu'il exalte les artifices du cinéma. Les toiles d'Albert Witlock, déjà auteur des peintures des "Oiseaux"
d'Hitchcok, apportent une certaine poésie pop art aujourd'hui précieuse. Les apparitions récurrentes du panneau Hollywood, l'utilisation du vrai script lors de la scène de répétition entre
Geneviève Bujold et Charlton Heston, la crémation de l'indestructible Clint Eastwood (brûlé à même la celluloïd lors de la projection de "L'homme des hautes plaines"),
les plans de panique du "Rideau déchiré" d'Hitchcock utilisés comme stock shot… Obéissant à la même subversion, le caméo gratuit de Walter Mathau (crédité sous le vrai-faux nom de Walter
Matuschanskayasky) ajoute encore une touche "Hellzapoppinnesque" à cette production carnavalesque.
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Incarnation d'un Hollywood disparu, les stars vieillissantes finiront dans les égouts insalubres d'une mégalopole en ruine.
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Lors du décès de Charlton Heston, Jean Loup
Bourget* souligna la "poésie" de ce final saisissant : "Dans Tremblement de terre, le couple qu'il forme brièvement avec Geneviève Bujold, délicate porcelaine toujours vêtue de rose, parait incongru,
et il y a une justice poétique dans la mort par noyade qui le réunit à Ava Gardner,
monstre sacré et ravagé, plus digne de sa grandeur."
Film aux multiples outrances (esthétiques, dramatiques, vestimentaires…), "Tremblement de terre" demeure bien plus qu'un simple plaisir
coupable. Un vrai plaisir de cinéma.
* Charlton Heston, "L'homme de pierre" (1923-2008) de Jean-Loup Bourget, Positif n°568, 2008

Critique extraite du Guide des films de Jean
Tulard
Modèle du "film catastrophe" : présentation de personnages ordinaires mais en proie à une crise, puis déclenchement de la catastrophe elle-même avec effets spéciaux visuels mais aussi
sonores.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |
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