Oeil pour oeil

titre original "I spit on your grave" aka "Day of the woman"
année de production 1978
réalisation Meir Zarchi
interprétation Camille Keaton
   
récompense Prix de la meilleure actrice pour Camille Keaton au festival de Sitges 1978


Review de Pierre

Merveille du cinéma d'exploitation, qui nous offre en 1978 "Œil pour œil", réalisé par un illustre inconnu qu'on n'a jamais revu depuis, Meir Zarchi, et interprété par une illustre inconnue qu'on n'a jamais revue depuis, Camille Keaton ("Decameroticus") - aucun lien avec Diane, mais avec Buster, son grand-oncle tout de même.

Le titre de gloire du truc est d'avoir été interdit un certain temps dans plusieurs pays et d'avoir fait scandale. Aujourd'hui, tout ça semble assez dépassé et on peut mater le truc tranquillement.

Fortement influencé par "Délivrance", "Œil pour œil" est l'archétype fauché du sous-genre dénommé rape-revenge movie.

L'histoire est carrément simple : une citadine intello en vacances à la campagne se fait violer et violenter gravement par 4 gros bouseux. Plutôt que d'appeler les flics, elle va à l'église et demande à Dieu de la pardonner... parce qu'elle a bien l'intention de leur faire bouffer leurs couilles, à cette bande d'enfoirés.

Le style est hyper sec, sans musique ni fioriture (normal, vu le manque d'argent) et, cinéma d'exploitation oblige, hyper complaisant. Le viol est affreux et dure trois plombes, bourrés d'effets vraiment abominables. C'est une option.
La revanche de la meuf est pas à piquer des hannetons non plus.

Au final, le film s'inscrit clairement dans la thématique de l'émancipation des femmes et n'est donc pas vide de sens. Ca parle bien de quelque chose, tout ça, le réalisateur insistant bien sur son sujet avec quelques images-métaphores un peu lourdingues, mais qui ont au moins le mérite d'être claires.

Mais, dans le même sous-genre, le film n'a pas la saveur poétique de "Thriller - acruel picture". Ca reste tout de même intéressant à voir.

Oeil pour oeil - générique

Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)

Descendant contre-nature de "Délivrance" et de "La dernière maison sur la gauche", ce surprenant "I spit on your grave" est un film OVNI, d’une noirceur à la limite du soutenable, dont les intentions et la morale nous échappent quelque peu. Film voyeuriste et malsain pour pervers en tous genres ? Film d’horreur survival dans la droite lignée de "Massacre à la tronçonneuse" ? Drame psychologique dénonçant la violence à la manière des "Chiens de paille" ? Film féministe au ton revanchard (comme le laisserait entendre son autre titre connu, "Day of the woman") ? A vrai dire, la classification de "I spit on your grave" est des plus malaisées, mais la dernière option pourrait bien être la bonne, dans la mesure où Meir Zarki eut l’idée de ce film après avoir porté secours à la jeune victime d’un viol, à l’encontre d’une police désespérément inerte.

Son infortunée héroïne est une romancière du nom de Jennifer Hill, interprétée par la splendide Camille Keaton, petite-nièce du grand Buster en personne. Elle fuit la ville pour terminer calmement son dernier livre dans une charmante maison de campagne au bord de l’eau, en lisière d’une petite ville du Sud. Mais sa beauté ingénue finit par attirer l’attention d’un pompiste libidineux, de l’idiot du village et de deux bons à rien qui passent le plus clair de leur temps à jouer au couteau ou à faire des ronds dans l’eau avec leur barque à moteur. Un jour, poussés par leurs instincts les plus bestiaux, tous les quatre fondent sur elle comme des oiseaux de proie et la violent à tour de rôle, pendant trois quarts d’heure particulièrement éprouvants pour le spectateur. Humiliée, tabassée, laissée pour morte, Jennifer se remet douloureusement de la quadruple agression et panse une à une ses blessures. Une fois d’aplomb, elle ne prévient pas la police, pas plus qu’elle ne quitte les lieux. La seule chose qui l’anime désormais est la soif de vengeance. Muée en véritable ange exterminateur, elle attire donc chacun de ses agresseurs dans ses filets séducteurs et leur réserve un sort des moins enviables. L’un finit pendu à un arbre, l’autre émasculé dans une baignoire, le troisième abattu à coup de hache et le dernier réduit en charpie par l’hélice d’un bateau.

Voilà pour le scénario, cinglante démonstration d’autodéfense réduite à sa plus simple expression. La mise en scène est à l’avenant, exempte d’effets de style, épaulée par des comédiens sobres et des dialogues épurés. Pour autant, Meir Zarchi n’opte pas pour une forme pseudo-documentaire, avec caméra portée, improvisations des comédiens et gros grain à l’image. Il assume au contraire pleinement le statut fictionné de son film, contrairement à "La dernière maison sur la gauche" par exemple, qui puisait une grande partie de son impact sur son réalisme cru. "I spit on your grave" est donc un film ô combien déroutant, l’un des plus marquants fleurons d’un sous-genre insolite et parfois douteux connu sous l’appellation de rape revenge. Le slogan de l’époque ne reculait devant aucune démesure : « Cette femme vient de découper, hacher, écrabouiller et brûler cinq hommes jusqu’à les rendre méconnaissables… Mais aucun jury américain ne la condamnera ! »

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