Essai de Sébastien Miguel, 2010, 111 pages, éditions Le Manuscrit, disponible sous format électronique.
Collaborateur des revues de cinéma Cadrage, Objectif Cinéma et Générique & Cinéma, Sébastien Miguel
anime l'émission de radio Le Cercle des Cinéphiles disponible sur www.radiomonpais.fr. Il est également l'auteur de "10 films oubliés vers une
réhabilitation".
Mélange de fantasme et de mythologie, d'idéal physique, moral, politique et religieux, la figure du « héros » traverse le cinéma. Dès 1967, l’émergence
d’un nouveau cinéma américain complexifie, transforme et détruit l'incarnation de ce mythe. Du cinéma de Francis Ford Coppola à celui de Martin Scorsese, c’est toute une
génération de réalisateurs novateurs et d’acteurs charismatiques qui révolutionne le cinéma mondial. "Figures du Nouvel Hollywood" retrace les bouleversements des figures et
motifs cinématographiques du Nouvel Hollywood (1967-1981). Un essai indispensable pour comprendre cette période clé de l’histoire du cinéma mondial.
La presse en parle
"Héros malgré eux" : critique d'Ursula Michel du 21 décembre 2010 pour www.critikat.com.
Les essais auscultant la période 1967-1981, surnommée le Nouvel Hollywood, ne manquent guère. Toutefois, l’ouvrage de Sébastien Miguel parvient à surprendre par l’axe d’analyse choisi : la figure
du héros. Comment le cinéma américain s’est-il détourné de sa mythologie campée par le cow-boy (John Wayne en étant le plus parfait représentant) pour mettre en scène des marginaux et des
névrosés (le "Taxi driver" de Scorsese, le duo criminel "Bonnie and Clyde" de Penn) ? Tel est l’enjeu de cet érudit et non moins passionnant essai qui revient sur une décennie
cinématographique contestataire, rejeton d’une société désenchantée, entre fin des utopies hippies et reaganisme.
Le cinéma comme reflet du monde, Hollywood comme reflet de l’Amérique.
Le héros, « idéal moral, politique, physique, et parfois religieux », hante les récits littéraires depuis les romans de chevalerie. Le cinéma
outre-Atlantique s’est naturellement inspiré de cette veine narrative pour constituer sa propre mythologie, particulièrement en usant du western. Mais le tournant des années 1960, avec sa vague
hippie pleine de rêves, déconstruit ces idéaux d’un autre âge pour offrir un visage nouveau, celui d’une génération ivre de liberté, contestant les normes de ses prédécesseurs. Ainsi apparaissent
sur les écrans des héros pour le moins détonants. Du "Lauréat" (1967) à "Easy rider" (1969), les non conformistes autrefois invisibles prennent le pouvoir et deviennent les symboles d’un monde en
transition, navigant entre sexualité débarrassée des tabous et quête introspective, loin, très loin du cow-boy silencieux dont seuls les actes, et non les angoisses ou désirs, façonnaient
l’existence. Mais les multiples retours violents à la réalité (meurtres de JFK, de Martin Luther King, enlisement de la guerre du Viêtnam…) grippent l’euphorie ambiante, l’avenir apparaît de plus
en plus sombre et dès 1972, les films se font l’écho de cette fin de l’innocence.
"Massacre à la tronçonneuse" de Tobe Hooper, "Taxi driver" de Martin Scorsese ou encore "Halloween" de John Carpenter
marquent ainsi le désenchantement, la paranoïa et les névroses collectives d’une société en proie au doute et à la peur de l’avenir. Les héros ne sont plus guère des marginaux contestataires mais
bien des névropathes violents, des croque-mitaines d’une nouvelle trempe, sans aucun espoir de salut. D’antihéros, les personnages sont devenus des non-êtres, déshumanisés, presque
désincarnés.
L’arrivée de Georges Lucas ("La guerre des étoiles") et de Steven Spielberg ("Indiana Jones") - ces deux réalisateurs n’appartenant pas réellement au Nouvel
Hollywood selon Miguel - sonne le glas d’une décennie socialement mortifère mais d’une incroyable créativité cinématographique. Tournant le dos au public adulte et à ses questionnements intimes,
le cinéma s’entiche des adolescents, ouvrant la brèche aux « productions infantiles tels "Risky business" ou "Retour vers le futur" » qui conduiront quelques années plus tard à l’hégémonie des
multiplexes et la domination des blockbusters.
Si Sébastien Miguel est parfaitement convaincant dans son analyse des liens entre société, cinéma et représentation héroïque, sa dent devient dure (et un
peu élitiste) quand il évoque les années 1980. Certes, cette décennie est loin d’être aussi féconde en talents que la précédente. Toutefois, la modification des contours du héros (les exemples
des stars des années 1980 Stallone ou Schwarzenegger), si elle ne révolutionne pas les archétypes (ce qu’ont réussi De Niro ou Pacino dix ans avant), raconte aussi beaucoup sur cette
époque. Quant aux réalisateurs apparus dans les années 1970 mais dont la carrière a explosé au cours de la décennie suivante, de Cronenberg à Lynch (totalement absents des exemples cités par
l’auteur), ils n’ont pas à rougir de leur cinéma. Moins nombreux que les cinéastes du Nouvel Hollywood, ils n’en sont pas moins révolutionnaires, et leurs héros fascinants.
Malgré un jugement un peu définitif sur le cinéma des années 1980 (même si cette période se démarque effectivement de la précédente par sa désaffection
politique patente, elle a su tout de même offrir quelques grands héros), "Figures du Nouvel Hollywood" explose de pertinence sur son sujet d’étude, la parenthèse 1967-1981. Une
lecture éclairante à ne pas louper.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |
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