| titre original | "The private life of Sherlock Holmes" |
| année de production | 1970 |
| réalisation | Billy Wilder |
| scénario | d'après les personnages créés par Arthur Conan Doyle |
| photographie | Christopher Challis |
| interprétation | Robert Stephens, Colin Blakely, Christopher Lee |
Le plus grand Wilder avec "La Garçonnière" (review de
Pierre)
J'ai découvert ce film dans ma petite enfance au cinéma Le Grand Action, je m'en souviens encore. Depuis, je l'ai revu un nombre incalculable de fois, je le connais presque par
coeur. Ce film est vraiment insurpassable, et c'est un des plus beaux que j'ai vus.
Le pitch : un vieux manuscrit du docteur Watson est retrouvé, qui raconte des histoires sur Holmes non publiées de son vivant...
Ca devait être un film de 3 heures, composée de 4 histoires distinctes, mettant en scène plusieurs aspects de la vie du détective (ses rapports avec Watson, la cocaïne, les femmes).
Malheureusement, le film a été irrémédiablement mutilé : il dure 2 heures "seulement" et uniquement deux histoires ont été conservées. Qu'est-ce que ça aurait été si le film avait été
complet ! Rien que ça, c'est déjà impressionnant.
C'est vraiment le film d'un auteur, pas de doute. Que cela soit chez le Charles Laughton de "Témoin à charge" ou chez ce
Sherlock Holmes, on retrouve le même côté bourru qui cache de profondes blessures, le même humour distancié, la même brillance des dialogues.
C'est un film amusant et ludique. C'est aussi un film très émouvant (dont la musique est exceptionnelle). C'est également un film qui fait rêver, avec sa somptueuse reconstitution historique
(décors d'Alexandre Trauner) et ses images surréalistes (le monstre du Loch Ness).
Bref, j'en parle mal pour une simple et bonne raison : ça m'impressionne trop. Pour ceux qui ne l'ont pas vu depuis longtemps : revoyez-le.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard
Déçu par l'échec de ses deux dernier films ("Embrasse-moi, idiot !" et "La grande combine"), Billy Wilder déserta l'Amérique contemporaine et partit se réfugier dans l'Angleterre victorienne.
Il prit un plaisir extrême à peaufiner cette "Vie privée de Sherlock Holmes" où tout, dans le décor (signé Trauner), est méticuleusement à sa place. On est transporté dans une
Angleterre au charme désuet et poussiérieux, que ce soit dans Baker Street, dans l'appartement de Holmes, à l'Opéra, ou sur les eaux brumeuses du Loch Ness...
Wilder ne s'est pourtant pas contenté de faire oeuvre décorative. Grand pourfendeur de mythes devant l'Eternel, il s'est attaqué à celui de Holmes, super-détective, pour ne laisser de lui qu'une
chère... loque ! A un Sherlock Holmes au pouvoir de déduction d'une inhumaine acuité, il a substitué un être surfait jouissant d'une popularité usurpée (façonnée de toutes pièces par Watson), aux
moeurs douteuses (il habite avec un homme et, en plus, il a peur des femmes !), qui se drogue (à la cocaïne), complètement dépassé par les événements (il est constamment manipulé).
Le scénario de Wilder et de Diamond subvertit le mythe, mais en même temps le dépoussière, l'aère, le met à l'épreuve de l'ironie mordante. En ce sens, il est
aussi oeuvre de révérence et de respect pour Conan Doyle et son célèbre héros.
Signalons un casting britannique très "classe", duquel émerge tout particulièrement le grand (à tout point de vue) Christopher Lee, brillant dans le rôle du
frère cassant et condescendant de Sherlock.
N'oublions pas non plus le retour du musicien Miklos Rosza, qui a pour ce film adapté son très beau Concerto pour violon et orchestre ; on le voit d'ailleurs
en chair et en os diriger son oeuvre à l'écran.
Un excellent spectacle. Alors, pourquoi a-t-il fallu que les Artistes Associés l'amputent de près d'une heure de projection ?
Critique de Patrick Brion dans un Télérama de 1989
« Sherlock Holmes - déclarait Billy
Wilder - a toujours été un de mes personnages de fiction préféré, comme Cyrano et Les trois mousquetaires. Ce n'est pas un moraliste, ni un redresseur de torts qui
veut livrer les criminels à la justice. Cela, il s'en moque. Ce qui l'intéresse, c'est de résoudre l'énigme. Son grand regret, ce n'est pas qu'il y ait des crimes, mais qu'il y ait des crimes
sans imagination. »
Wilder a donc choisi, non pas d'adapter une des nouvelles de Conan Doyle, mais de se livrer à une éblouissante variation sur Holmes et Watson. L'atmosphère victorienne est recréée avec beaucoup
de goût, grâce notamment aux décors d'Alexandre Trauner. L'esprit de Billy Wilder apparaît tout au long du film, que ce soit dans la description, parfaitement narquoise, du couple Holmes-Watson,
ou dans un dialogue exceptionnellement brillant, sans oublier l'apparition d'une reine Victoria assez surprenante. C'est dire que le film ravira tant les amateurs de Billy Wilder que ceux de
Sherlock Holmes, confronté à une ténébreuse intrigue où se croisent des nains, le monstre du Loch Ness et le frère de Sherlock. Une grande réussite.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |
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