Le film catastrophe, un genre du cinéma de la réaction
au Nouvel Hollywood
Extraits du chapitre 6 de l'ouvrage "Le cinéma américain des années 70" de Jean-Baptiste Thoret.
Dans "Hollywood from Vietnam to Reagan", Robin Wood identifie dans la plupart des films du Nouvel Hollywood un même sentiment de
désintégration. Le sentiment d'une société parvenue à son point de rupture et qui ne peut que régresser vers des formes totalitaires ou dégradées forme ainsi le sous-texte des films post-catastrophe de la période ("La nuit des morts-vivants" et "Zombie", "Rollerball", "Silent running", "Soleil
vert", "L'invasion des profanateurs", "L'âge de cristal", "THX
1138", "Zardoz", "Damnation
Alley", "New York ne répond plus"), à l'exception du "Survivant" de Boris Sagal
qui réactive l'utopie d'une renaissance possible de l'humanité.
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Parallèlement,
"La tour infernale", "L'aventure du Poséidon", "Meteor", "L'inévitable catastrophe", "L'odyssée du Hindenburg", "Avalanche express", "Les dents de la
mer" et autres "Tremblement de terre" déploient un discours plus conservateur et en appellent à des forces divines et/ou primitives afin
de punir et purger Babylone de ses vices. Dans "La tour infernale", le responsable de l'incendie de la Glass Tower, le gendre de
l'architecte, est un Don Juan efféminé et joueur.
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Avec leurs castings de stars déclinantes qui tentent
de survivre au milieu du chaos et démontrent à chaque minute la force des valeurs stables comme le courage, la fidélité et l'honneur, les films catastrophes
de l'époque procèdent surtout à une opération d'amnésie historique, puisqu'ils font croire que ce qui menace l'Amérique n'est pas la guerre du Viêtnam, la
pauvreté, les scandales politico-financiers ou le statut des minorités, mais encore et toujours la Mère Nature (déluges, ouragans, tremblements de terre, requins, etc.) et l'arrogance des hommes
à vouloir se mesurer au Divin. Ainsi, la tour de John Guillermin devient infernale pour avoir osé côtoyer le ciel.
Comme l'écrit Jonathan Hoberman, "les films catastrophe font le déni du fait que les Américains étaient devenus permissifs et que leurs valeurs
traditionnelles se sont effondrées. En effet, ils disent que ces valeurs sont restées intactes, mais aussi qu'elles continuent à garantir la survie de la société. Les vertus de la classe moyenne
prévalent encore, comme si les années 60 n'avaient jamais existé."
L'utilisation de la Nature, comme source de cataclysme, possède une double fonction : elle permet d'abord de réaffirmer la puissance de l'Amérique, sa nature hors du commun, en lui
assignant le seul rival (avec Dieu) qui se tienne à sa hauteur ; ensuite, elle incarne l'élément chaotique par excellence, imprévisible, incontrôlable et constitue, à ce titre, la menace suprême
pour une société normative qui vise la stabilité et le statu quo.
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Le genre, qui vit alors son âge d'or, tente aussi de
restaurer l'illusion d'un peuple capable de se retrouver et de s'unir, par-delà les différences de cultures, d'ethnies et de classes (dans "Les dents de la mer", alliance entre Quint le vieux prolétaire et Hooper le jeune océanographe). Après une décennie placée sous le signe du chaos et du
délitement, le film catastrophe remet la pendule de l'Amérique des 70's à l'heure des années 50 et de ces films où l'on voyait le scientifique, l'ouvrier, le militaire et le curé, ensemble,
soudés dans un même désir de déloger à coup de canons la bestiole répugnante qui avait osé franchir les limites du cadre.
A ne pas confondre avec...
... d'autres films communément appelés également films catastrophes, dans lesquels les catastrophes ne sont pas naturelles, mais directement le fait d'un homme, qui par exemple menace de faire
exploser une bombe dans un aéroport ("Airport") ou bien tente de faire sauter un avion en plein vol ("Airport '80 Concorde").
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |
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